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chacune de ces dix mille personnes qui l'entouraient il avait mis
la main sur le sexe et le caressait exactement de la façon que
chacune d'entre elles, homme ou femme, désirait le
plus dans ses fantasmes les plus secrets.
[...]
De vertueuses épouses arrachaient leurs corsages,
dénudaient leurs seins avec des cris hystériques, se jetaient
sur le sol en retroussant leur jupes ; les hommes, les yeux égarés,
parcouraient en titubant ce champ de chair écartelée et lubrique,
ils extrayaient de leurs culottes, avec des doigts tremblants, des membres
raidis par quelque invisible gelée, s'abattaient avec un râle n'importe où,
copulaient dans les positions et les configurations les plus impossibles,
le vieillard avec la vierge, le journalier avec l'épouse de l'avocat, le petit apprenti
avec la nonne, le jésuite avec la franc-maçonne, tout mélangé, comme cela
se trouvait. L'air était lourd de la sueur sucrée de la jouissance, et
tout plein des cris, des grognements et des gémissements de dix mille
bêtes humaines. C'était infernal.
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Texte extrait du roman de Patrick Süskind, Le Parfum.
photo : Site de P. Magne.
